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1er mai : les droits des salarié·es ne sont pas à vendre !

Le gouvernement, main dans la main avec le patronat et l’extrême-droite, attaque le droit au repos des salarié·es. A travers le symbole du 1er mai, ce sont tous les droits des travailleurs et des travailleuses qui sont dans le viseur du macronisme aujourd’hui et des néofascistes demain.

Comme le travail le dimanche, le travail du 1er Mai fait partie des hochets agités régulièrement par le patronat ou des partis politiques de droite et d’extrême-droite pour ouvrir des brèches dans les droits des travailleur·euses. Après le retrait du projet de loi Attal, le gouvernement s’est engagé le 17 avril à faire voter une loi qui permettra aux boulangeries et aux fleuristes d’ouvrir le 1er Mai, en faisant travailler les salarié·es, soi-disant au volontariat et avec doublement de la rémunération. Comme si l’urgence du moment, dans la crise démocratique et environnementale que nous connaissons, et alors qu’une nouvelle crise économique se profile, était d’autoriser le travail salarié le 1er Mai ! Qu’on ne s’y trompe pas : l’objectif est surtout idéologique : le gouvernement veut ouvrir une nouvelle brèche dans laquelle pourront s’engouffrer toutes les corporations patronales sur l’air du "et moi, et moi, et moi"...

Remettre en cause le 1er mai chômé comporte une dimension profondément idéologique. Ce sont les organisations de travailleurs.ses et le mouvement ouvrier qui ont voulu à la fin du XIXème siècle faire de cette date une journée d’action et un symbole, au caractère international revendiqué. A cette époque, les conditions de travail dans les usines et dans les mines sont terribles. Alors les travailleurs.ses s’organisent, se rassemblent, revendiquent et manifestent. Régulièrement ils se heurtent à la brutalité inouïe de la police ou de l’armée. 1 mort en 1886 à Chicago, 9 morts à Fourmies le 1er Mai 1891 (les plus jeunes victimes avaient 11 ans ! une autre victime âgée de 18 ans avait travaillé à l’usine le jour même jusqu’à 11 heures). Depuis 1889 le mouvement ouvrier s’est fixé pour objectif de faire de cette date une journée internationale de lutte et de revendication, initialement pour la diminution du temps de travail avec la journée de 8 heures. Au fil du temps cette date a progressivement été institutionnalisée dans une bonne partie des pays du monde, et en France depuis 1946 où le 1er mai est férié ET chômé. Remettre en cause cette règle, cela signifie remettre en cause ou renier tout ce que cette date symbolise historiquement des conditions de travail dramatiques des travailleurs.ses et des luttes syndicales, sociales qu’ils et elles ont mené. L’une des premières décision prise par le nouveau maire RN de Liévin (Pas-de-Calais) a été de supprimer la traditionnelle cérémonie d’hommage aux mineurs associant les syndicats…

Le 1er Mai est le seul des 11 jours fériés légaux qui est férié ET obligatoirement chômé, à l’exception des activités dites essentielles : hôpitaux, activités en continu, radio-télévision, etc. En dehors de ces cas, tou.tes les salarié·es doivent cesser le travail ce jour-là et être payé de leur journée. La Cour de cassation * l’a rappelé : pour faire travailler des salariés le 1er mai, les entreprises doivent être dans « l’incapacité absolue d’interrompre le travail » et « l’impératif économique n’est pas en soi une cause suffisante de dérogation ».

S’ils ou elles doivent travailler le 1er mai, les salarié·es voient leur salaire doublé. C’est déjà prévu par la loi. L’annonce faite par le premier ministre d’un projet de loi prévoyant le doublement du salaire pour les salarié·es travaillant ce jour-là n’est donc pas une nouveauté. Quant au volontariat qui serait une garantie apportée aux salari·es, on sait ce qu’il en est dans les entreprises, notamment pour le travail le dimanche : la plupart du temps, le volontariat se transforme en condition d’embauche ou au chantage au licenciement. D’ailleurs, plusieurs contrôles de l’inspection du travail ont mis en lumière que des commerces ouvrent illégalement le 1er mai, et même avec des stagiaires ou des apprenti·es)… mais sans le patron. L’idée selon laquelle les patrons ne pourraient pas ouvrir seuls leurs boulangeries (ce qu’ils ont le droit de faire) sans salarié·es pour les aider est donc une autre esbroufe.

Étendre les dérogations permettant le travail salarié le 1er mai, c’est poursuivre les attaques contre le droit au repos, à la vie sociale, amicale et familiale, c’est généraliser à tous les jours de l’année et à toutes les heures du jour et de la nuit la mise à disposition productive des travailleur.euses. Pourquoi ne pas ouvrir les commerces la nuit ? Pourquoi ne pas pouvoir travailler pendant ses congés ? Pourquoi ne pas pouvoir travailler légalement 60 heures par semaine ? Pourquoi s’arrêter de travailler à un certain âge ? La loi Travail de 2016 avait déjà permis des entailles dans le droit au repos, en permettant de plus en plus de dérogations aux règles (pourtant peu protectrices) des congés payés. Le développement du mal nommé « auto-entrepreneuriat », qui est un asservissement permanent d’une main-d’œuvre précaire, va dans le même sens : tous les services, tous les biens doivent être accessible en permanence, et il faut pour cela mettre au boulot des travailleur.euses.

Les injonctions à ne pas faire de contrôle le 1er mai, faites par voie de communiqué, sont proprement scandaleuses et illégales. Le premier ministre demande aux inspecteur.ices du travail d’appliquer une loi qui n’est pas encore votée ni même discutée, ou si l’on préfère, de ne pas appliquer la loi actuellement en vigueur. Dans les services de l’inspection du travail, des responsables zélés, au mépris de la loi, enjoignent aux agent·es de ne pas faire de contrôles le 1er mai, voir bloquent des courriers de rappel à la loi envoyés par les inspecteur.ices du travail pour rappeler aux employeurs les règles applicables ce jour-là. Les pressions de directions zélées s’accompagnent même parfois de violence physique ! Il s’agit d’une violation manifeste des principes d’indépendance et de liberté des contrôles de l’inspection du travail, pourtant garantis par l’Organisation internationale du travail.

Le ministre du travail a fait machine arrière en rappelant l’indépendance des inspecteur·ices du travail, et en indiquant que les instructions gouvernementales de mansuétude s’adresseraient au parquet, qui seront invités à ne pas prononcer d’amendes pour les employeurs qui auraient fait l’objet de contrôle de la part de l’inspection du travail. Ces propos sont dans tous les cas graves : ils exposent les agent·es de contrôle à des obstacles et violences lors de leurs contrôles. Quelle légitimité auront demain les contrôles sur la réglementation du travail (que ce soit sur le sujet du 1er mai ou sur d’autres infractions) si dans les médias les responsables gouvernementaux tirent à boulet rouge sur nos services. On voudrait nous coller une cible dans le dos qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Cet épisode s’ajoute à la longue liste des coups de poignards de nos ministres et gouvernements successifs, ce alors même qu’un rapport d’expertise vient d’alerter sur la souffrance au travail généralisée dans nos services . Mais ce ne sont pas que les inspecteur.ices du travail qui sont visé·es : à travers elles et eux, ce sont les droits des salarié·es et le droit du travail en général.


Nous adressons tout notre soutien aux collègues d’Isère et d’ailleurs qui connaissent ces pressions indues !

Nous revendiquons :
 l’application stricte des dispositions sur le travail du 1er mai,
 l’abandon du projet de loi visant à étendre les dérogations au travail salarié le 1er mai,
 le renforcement des effectifs de l’inspection du travail,
 l’inscription dans la loi de la compensation par un jour de repos supplémentaire de tous les jours fériés travaillés, ainsi que le doublement du salaire,
 l’inscription d’un nouveau jour férié et chômé le 8 mars, pour la journée internationale des droits des femmes


* Cass. Crim, 30 septembre 2008, pourvoi n°07-87.762


Article publié le lundi 27 avril 2026